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« Un marchand de chevaux se trouvait un jour avec des amis au restaurant de l’abattoir de la Villette.

Ils avaient bu sec et raconté de grands coups,

aussi étaient-ils les derniers à se lever de table ce jour-là,

vers les trois heures de l’après-midi.

 

La discussion continuait bon train dans l’escalier, et une fois dans la cour,

nos amis ne prêtèrent pas attention à deux particularités insolites :

d’abord, le fait que la cour était vide d’animaux,

à l’exception d’un bœuf qui vaticinait ça et là.

Ensuite, cet autre fait que des gens, de loin,

certains revêtus de l’uniforme de la Police,

faisaient de grands gestes dans leur direction …

Sur le coup, ils ne furent sensibles qu’à une seule chose :

ce taureau n’aurait pas dû se trouver en liberté,

il avait dû s’échapper de son box.

Mû par un réflexe professionnel,

le groupe d’amis se mit en devoir de diriger le boeuf vers un de ces boxes métalliques qui équipaient la cour,

à grand renfort de « oh » et de « ah », et de coups de triques sur les fesses.

Ils en bouclèrent la fermeture de sécurité derrière l’animal et,

la conscience en paix, reprirent leur discussion.

 

C’est alors qu’ils virent venir vers eux des policiers en armes et la cour

se remplir de gens et des bêtes qui auraient dû s’y trouver.

Et ils apprirent ce qui se passait à savoir que le taureau qu’ils avaient chassé était si furieux, qu’il avait fallu évacuer vêtes et gens,

qu’on avait appelé des tireurs de la Police,

et qu’on allait abattre l’animal au fusil quand ils étaient intervenus.

 

Le taureau était furieux, seulement eux ne le savaient pas

et ils s’étaient comportés comme s’il s’était agi d’une bête ordinaire

et la bête « furieuse » n’avait pas manqué de réagir comme une bête ordinaire ».

 

Extrait de : Jean Claude Racinet, trucs et procédés pour le dressage du cheval difficile. Editions Favre, Caracole. 1987. p 34,35.

 

 

Cette histoire nous montre tout l’intérêt d’agir en fonction de la situation

telle que nous la percevons dans l'instant présent, sans, parfois, trop en savoir. 

Ainsi, certains médiateurs préfèrent ne rien savoir du conflit avant la rencontre avec l'ensemble des parties prenantes. 

 

Dans un tout autre domaine, on mesure le bienfait de « la nouveauté du regard » porté sur une personne.

 

« Ce jeune Pierre, d’un naturel violent,

est arrêté sans papiers à la suite d’une fugue,

et est malmené par un policier :

crise de nerfs, piqure calmante, révolte, angoisse de mort (« il n’y a pas de lieu où vivre » dit-il).
Le cycle est amorcé :

l’enfant récidive, c’est-à-dire répète l’événement traumatisant,

et fonctionne tantôt comme fou,

tantôt comme délinquant terrorisant les femmes enceintes

(il a été abandonné par sa mère).


Tous les traitements, y compris chez Mannoni et à la campagne,

entretiennent sa violence ;

jusqu’au jour où on le place dans une école anglaise

sous l’étiquette « enfant normal ».


Après échanges de coups perçus par les copains non comme pathologiques

mais contraires au code de l’honneur,

il reçoit la plus grande raclée de sa vie au point de rester trois jours au lit !

mais désormais, il se sent des leurs parce qu’il a été traité en égal,

non en fou manipulé par les drogues ou la peur des autres ».

 

Bien évidemment, ce n’est pas la correction en elle-même qui lui a été bénéfique,

mais bien l’égalité de traitement dont il a bénéficié,

sans jugement sur qui il est en fonction de son antériorité.

 

Pour en savoir plus : Denise Van Caneghem, « agressivité et combativité », PUF, édition le psychologue

 

 

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