Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

 

 

Poème sur pur néant


Je ferai vers sur pur néant : 
Ne sera sur moi ni sur autres gens, 
Ne sera sur amour ni sur jeunesse, 
Ni sur rien autre. 
Je l'ai composé en dormant 
Sur mon cheval.

Ne sais sous quelle étoile fus né. 
Ne suis allègre ni irrité, 
Ne suis d'ici ni d'ailleurs, 
Et n'en puis mais : 
Car fus de nuit ensorcelé 
A la cime d'une colline. 

Ne sais quand suis endormi, 
Ni quand je veille, si on ne me le dit. 
A peu ne m'est le cœur parti
D'une douleur poignante : 
Mais m'en soucie comme d'une souris 
Par saint Martial ! 

Malade suis et me crois mourir, 
Et rien n'en sais plus que n'en entends dire. 
Médecin querrai à mon plaisir, 
Mais ne sais quel : 
Bon il sera s'il peut me guérir 
Mais non si mon mal empire. 

L'amie que j'eus : ne sais qui c'est. 
Jamais ne la vis par ma foi, 
Rien ne m'a fait qui me plaît, ni me pèse, 
Et ça ne m'importe pas plus 
Qu'il ne vint jamais Normands ou Français 
Dans ma demeure. 

Jamais ne la vis et je l'aime fort. 
Jamais ne me fit justice ni tort. 
Quand je ne la vois, bien en fais mon plaisir
Et ne l'estime pas plus qu'un coq 
Car en sais une plus belle et plus gentille
Et qui vaut bien plus. 

J'ai fait ces vers, ne sais sur quoi. 
Et les transmettrai à celui-ci 
Qui les transmettra à autrui
Là-bas vers l'Anjou,
Qui le transmettra de son côté
A quelqu'un d'autre.

 

Ce poème nous vient de Guillaume IX d’Aquitaine,

considéré comme premier troubadour.

 

 

Pour entendre la lecture d'une autre re-transcrition: cliquer ici.

 

    

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :